À la suite du changement de législature, le Gouvernement wallon a adopté un avenant au Contrat de Service Public (CSP) 2024-2028 de l’Opérateur de Transport de Wallonie (OTW). Ce document fixe plusieurs orientations importantes pour les prochaines années en matière d’accessibilité des transports publics.
Si certaines évolutions sont encourageantes, notamment en matière de gouvernance et de coordination entre acteurs, une décision compromet un levier essentiel de mise en accessibilité du réseau de LETEC : l’abandon du déploiement des annonces sonores et visuelles à bord des bus.
Un recul préoccupant sur les annonces sonores et visuelles
Le précédent Contrat de Service Public prévoyait l’installation progressive d’équipements d’annonces sonores et visuelles dans les véhicules, au rythme du renouvellement de la flotte et pour toute nouvelle commande de matériel roulant. Cette disposition n’a pas été reprise dans l’avenant.
Concrètement, le Gouvernement wallon fait le choix de ne plus prévoir la généralisation de ces dispositifs à bord des bus et privilégie l’accès à l’information via les outils numériques.
Pourtant, les annonces sonores et visuelles constituent un élément essentiel de l’autonomie de nombreux voyageurs. Voir notre article sur le sujet.
L’information voyageurs embarquée n’est pas un simple confort : il s’agit d’un outil d’accessibilité universelle bénéficiant à l’ensemble des usagers. Ce choix nous interroge fortement, d’autant plus que le recours exclusif au numérique affecte non seulement les personnes handicapées, mais également de nombreux publics en situation de vulnérabilité1.
Une gouvernance renforcée pour l’accessibilité
Alors que les échanges reposaient jusqu’à présent essentiellement sur une concertation entre le CAWaB et l’OTW, le nouveau dispositif associe désormais également la Région wallonne via l’Autorité Organisatrice du Transport (AOT). Une taskforce accessibilité réunissant l’AOT, l’OTW et le CAWaB devra se réunir au minimum trois fois par an.
Cette taskforce sera chargée de suivre un plan d’accessibilité comprenant des actions concrètes et des indicateurs d’évaluation, qui devra être élaboré dans les six mois.
Plusieurs mesures positives à souligner
- Un plan d’accessibilité suivi dans la durée
L’OTW devra élaborer un plan d’accessibilité détaillé comprenant des actions concrètes et des indicateurs de suivi. Celui-ci sera évalué dans le cadre de la taskforce accessibilité à laquelle participera notamment le CAWaB.
- Des exigences renforcées pour le transport à la demande
Les futurs services LETEC à la demande devront intégrer les exigences en matière d’inclusion prévues par le Fonds social pour le climat. Le contrat prévoit notamment qu’un nombre suffisant de véhicules adaptés soit disponible pour répondre aux réservations des usagers à mobilité réduite.
- Un suivi des rampes d’accès embarquées
L’OTW devra mesurer la disponibilité effective des rampes d’accès présentes dans les véhicules et produire un état des lieux d’ici fin 2026, accompagné d’un plan d’action.
Cette mesure va dans le bon sens, même si elle ne crée à ce stade aucune obligation de résultat quant au fonctionnement effectif des équipements. L’absence d’objectif de performance ou de disponibilité minimale des équipements limite toutefois la portée de cette mesure.
- L’audit simplifié
Le contrat prévoit un mécanisme d’audit simplifié d’accessibilité des arrêts. Si cette mesure va dans le bon sens, l’objectif annoncé de 1 000 arrêts audités sur trois ans apparaît peu ambitieux au regard des quelque 32 000 points d’arrêt du réseau. À titre de comparaison, la méthode d’audit actuellement mise en œuvre permet déjà d’évaluer entre 150 et 200 points d’embarquement par an. Dans ces conditions, l’accélération permise par la procédure simplifiée demeure relativement limitée. Or, disposer rapidement d’une information fiable sur l’accessibilité des arrêts constitue un enjeu majeur pour les personnes se déplaçant en fauteuil roulant, qui doivent pouvoir identifier les lieux où elles peuvent effectivement embarquer en autonomie.
- Le suivi du tram de Liège
L’OTW poursuivra sa collaboration à la mise en œuvre du plan d’action régional élaboré à la suite de l’audit d’accessibilité du tram de Liège. https://cawab.sharepoint.com/:w:/s/CAWaB/IQCBevgTLB1FSb4yEAeAoVoXAcBEUgN6AtoskGBOpCHNW_8?e=HlW8R9
- Une sensibilisation des sous-traitants
Une formation à l’accessibilité devra être intégrée lors du renouvellement des contrats de sous-traitance. Par le passé, les sous-traitant de LETEC n’avaient aucune obligation de former leurs chauffeurs à l’accueil des personnes à mobilité réduite.
- Une meilleure coordination pour rendre les arrêts accessibles
Le nouvel avenant prévoit également un mécanisme de coordination plus structuré entre les différents acteurs publics.
Chaque année, l’OTW devra identifier 150 arrêts prioritaires à rendre accessibles. Cette sélection reposera notamment sur :
- la fréquentation des arrêts ;
- les travaux de voirie programmés ;
- les remontées de terrain des associations représentatives des usagers.
Parallèlement, le SPW analysera les cheminements et traversées permettant d’accéder à ces arrêts. L’objectif est d’aménager, en plus de l’accessibilité du quai, les abords de ces arrêts (trottoirs et traversées piétonnes aux abords immédiats).
Le CAWaB restera vigilant
Si plusieurs engagements méritent d’être salués, la manière dont ils seront mis en œuvre concrètement sera déterminante.
Le CAWaB continuera à suivre attentivement l’application de ces mesures au sein de la taskforce accessibilité. Nous resterons particulièrement vigilants quant aux moyens mobilisés, au respect des engagements annoncés et aux résultats effectivement observables sur le terrain.
